«Je viens vous voir parce que j’ai des mauvaises pensées»
Extrait du livre "Mes mauvaises pensées"de
Nina Bouraoui
Nina Bouraoui vient d'avoir le prix Renaudot
pour son dernier livre...mise sur la piste par Maria (voir les commentaires de l'article Visages), j'ai glané quelques éléments...donnant envie à chacune de foncer chez son plus proche libraire
(ce que je vais derechef faire...) !!!
Nina Bouraoui - Extrait du livre "Mes mauvaises pensées" - Editeur : Stock – 2005
Ce livre se donne donc à lire comme un récit de récits, avec à la clé toutes les préoccupations de l'auteure : l'identité sexuelle, l'identité culturelle (Nina Bouraoui revendique à la fois, et contradictoirement, sa double appartenance à la France et à l'Algérie, comme une double naissance), sa famille, ses amours et son entourage, dont feu l'écrivain Hervé Guibert, les pouvoirs de la littérature et le langage comme lieu de la vérité existentielle.
"Mes Mauvaises pensées" est donc moins le récit d'une thérapie qu'une confession littéraire où l'amour est le maître mot (présentation de la Fnac).
Un interview de Nina Bouraoui:
«L’écriture est une pratique amoureuse»
Vous proclamez l’égale souveraineté de la passion de l’écriture et de celle de l’amour. L’écriture est-elle pour vous une pratique amoureuse?
Oui, l’écriture est une pratique amoureuse. Chaque livre est un rendez-vous clandestin. J’ai trompé toutes les femmes de ma vie avec les personnages de mes romans! J’ai la même folie, la même obsession que lorsque je tombe amoureuse.
Je l’avoue, c’est insupportable pour les autres. Il y a des jours sinistres aussi, quand l’écriture ne vient pas. C’est la fin du désir alors, et c’est horrible! Je pense que les forces du désir et que les forces de l’écriture prennent dans le même brasier. Poupée Bella est un livre sur le milieu des filles mais aussi sur les secrets de l’écriture.
Vous restez l’auteure de la double appartenance. Dans Poupée Bella, vous allez et venez entre le milieu gay et le milieu lesbien…
Je suis fascinée par le monde des garçons, par leur grande liberté sexuelle, par cette circulation des corps. Les filles sont plus sentimentales… Mon meilleur ami était gay et je crois que nous avons formé un couple sans le savoir. Il y a une vraie relation miroir entre les filles et les garçons gays. Il y a de la jalousie et de la possession. Ensemble, nous allions au Boy et j’avais l’impression d’être sa reine, au Kat, il était toujours mon petit roi qui me serrait dans ses bras… Ce sont les filles qui m’ont brisé le cœur!
Dans ce journal, vous évoquez vos premiers jeux de séduction dans le «Milieu des Filles». Quel regard portez-vous aujourd’hui sur ce milieu?
Ce que j’aime dans ces nuits-là, c’est la place qu’occupent les femmes: elles retrouvent le pouvoir! Ce sont les seuls endroits où une femme peut sortir seule, se mettre au bar, prendre sa petite coupe de champagne, séduire ou danser. Souvent, j’ai eu l’impression de voler cette liberté aux hommes. Le milieu des filles est une bonne école. Sortir seule donne du pouvoir en fin de compte. Les femmes de ce milieu sont, sans le savoir, dans une mécanique féministe. Ce sont des affranchies.
Votre précédent roman,
Comment réagissez-vous quand on vous parle de «ghetto» et de «communautarisme»?
Le monde est encore profondément hétérosexuel. Nous devons nous serrer les coudes. Mais l’homosexualité n’a rien à voir avec l’intelligence, le talent ou la sympathie. L’homosexualité ne peut pas tout pardonner. Je n’aime ni la haine ni l’intolérance. Si le communautarisme permet à certains de mieux vivre leur homosexualité, alors tant mieux, je suis pour. Le mot ghetto rappelle de mauvais souvenirs. J’adore l’expression gay friendly!
Avec Garçon manqué, puis avec
J’ai lu dix fois Carol, puis le Puits de Solitude, j’ai dévoré les Claudine. Je suis heureuse et fière d’avoir un public lesbien. Les livres sur ces amours-là sont encore rares. La littérature entre dans les solitudes et par là, elle en devient miraculeuse.
Site d'où provient cet interview
exthttp://www.360.ch/presse/2004/04/nina_bouraoui_lecriture_est_une_pratique_amoureuse.php
Autres livres de Nina Bouraoui
Poupée Bella (existe en poche)
Je veux une arme pour me défendre, je veux le plus beau corps de la terre, je veux que le ciel de la nuit me protège, j’ai de la folie dans la tête, j’ai de l’or entre les mains, je suis une femme, je suis un homme, je suis tout, je ne suis rien, je déteste les filles qui font trop filles, je n’ai rien d’une fille normale, je perds ma voix, je gagne un cœur, je bois une bière glacée, je danse seule devant le miroir de la chambre, je n’ai rien de silencieux en moi, tout bouge, tout crie, tout se déplace, je quitte la vraie vie, je suis un secret, avant, j’entendais : Elle a un drôle de visage, elle a un regard qui dérange, elle n’est pas douce, elle a l’odeur d’un garçon, elle s’habille n’importe comment, elle a une beauté spéciale, on ne sait pas ce qu’elle deviendra; je sais nager, je sais écrire, je saurai aimer. Le jardin du Luxembourg est fermé, j’entends le bruit des feuilles, j’entends le bruit du vent dans les arbres, j’entends la ville et je ne suis plus dans la ville, il n’y a que mon corps, il n’y a que mon désir, je suis la Missy de Colette, je suis la Thérèse de Carol, je suis si petite, je suis immense dans la nuit, je sais et je ne sais pas, je peux et je ne peux pas, j’entre avant minuit au Katmandou, club féminin, j’entre sous la terre, j’entre dans mon corps, la nuit est un brasier. C’est l’odeur, d’abord, l’odeur des corps, je marche, je suis immobile, je cherche quelqu’un, je cherche une fille, c’est une terre étrangère, ici, c’est la voix d’une femme – 80 francs, la boisson est comprise –, ce sont les yeux, ce sont les mains, les petites marches à monter, c’est un spectacle, c’est le Milieu des Filles, je suis dans la forêt, je suis dans les sables, avant je n’avais peur de rien, avant je prenais des trains dans la nuit, je suis dans ma demeure, c’est le Katmandou, ce n’est pas Bilitis, ce n’est pas Patricia Highsmith, je ne sais pas si je dois danser, je ne sais pas si je dois boire, je ne sais pas si je peux fumer, je ne veux plus rentrer chez moi, je veux savoir, combien je vaux, combien je peux espérer de ce corps là, j’ai peur des femmes, je ne sais plus danser, il y a cette chanson de Stephan Eicher, Combien de temps, et à moi, combien faudra-t-il de temps pour trouver, pour être choisie? Je pourrais embrasser n’importe qui. Je veux juste une voix qui répétera mon prénom.
Combien de temps faudra-t-il pour trouver ? Pour devenir ce que je suis? Combien de temps pour avoir mes habitudes au Katmandou? Combien de temps pour trouver ma place, ma table, mon siège? Combien de temps pour danser? Je cherche, comme cherchent les hommes. Chez les filles il y a encore des slows. Chez les filles il y a encore la boule qui tourne au-dessus de la piste. Chez les filles, on entend : Je peux vous inviter ? Je n’ai plus de visage, je peux tout perdre ici. Ce que je suis. Ce que j’étais. Je deviens une professionnelle. Je suis la proie. Je suis l’appât. Bientôt, moi aussi j’attendrai à une table. Je regarderai. Ici, on vieillit si vite. Seule compte la première fois. Je sais qu’on me regarde. Ce n’est pas pour ce que je suis. C’est juste parce qu’on ne m’a jamais vue. C’est un petit milieu. C’est un petit salon. C’est le deuxième monde. Je ne connais pas ces visages. Vous habitez Paris? Vous avez quel âge? Vous êtes venue seule? Je veux rentrer avec quelqu’un. Je ne suis rien. Je suis tout. Je ne sais pas faire. Je me sens malade. Je me sens en vie. Ce n’est plus ma jeunesse. Je veux bien changer de vie. Je veux bien changer d’adresse. Je veux bien changer de nom. Je suis là. Regardez-moi.
La vie heureuse
J'aime Diane, je suis milliardaire"
Post-face du livre "La vie heureuse" publié chez Stock en 2002.
Garçon manqué ( existe en poche)
La voyeuse interdite (existe en poche)
dans le "L world
de Nina Bouraoui..."
Extraits d'un interview accordé à l'Express
"... j'aime la beauté des femmes, la sensualité, la douceur, et je n'en ai pas honte. La souffrance venait du monde des autres où je ne trouvais pas ma place. L'homosexualité entre filles se devait d'être muette, secrète, le désir devait se déployer dans la nuit, et on sait que la nuit est violente. Mais peut-être aimais-je aussi ce secret, cette transgression? La vie homosexuelle, c'est aussi une manière de prendre un chemin de traverse, de prolonger la jeunesse en ne suivant pas la route normale du mariage et des enfants. Je trouve magnifique d'aimer la même personne et de vivre avec elle, mais je suis opposée au mariage homosexuel: ce n'est pas cela qui nous donnera plus de respect. Que les homos aient des droits comme tout le monde. Mais si on est homosexuel, ce n'est pas pour mimer les autres! L'homosexualité n'est pas une alternative à l'hétérosexualité. C'est autre chose, une autre forme d'amour." .."L'homosexualité, ce n'est qu'un mot. Quand j'ai osé l'écrire pour la première fois, je me suis dit: «Ah! quelle incroyable victoire!» Mais le langage nous emprisonne. «Ah, vous êtes homosexuelle?» On imagine tout de suite comment vous faites l'amour! L'homosexualité féminine est entachée des fantasmes pornographiques des hommes, ils imaginent soit de belles félines qui ne font pas grand-chose entre elles (sous-entendu: ce n'est qu'un passage, elles finiront bien par avoir besoin des hommes), soit des «femmes camionneurs» couvertes de tatouages... Dire que l'on est homosexuelle, c'est être cataloguée par sa sexualité, et cela me dérange profondément. L'homosexualité, ce n'est pas une identité. Je pense que le désir et la sexualité ne sont pas dissociables de l'amour."
«Toutes les filles veulent devenir célèbres pour réparer leur homosexualité», écrivez-vous également.Dans le milieu des filles, il y a un désir de réussite sociale, de célébrité, pour ne pas être réduite à l'homosexualité: «Je suis homosexuelle, d'accord, mais ce n'est pas grave parce que je suis une grande actrice ou une chanteuse» ...

Née en 1942, Abigail Padgett est une ancienne enquêtrice judiciaire pour le comté de San Diego, Californie. Elle travaille maintenant comme avocate pour les personnes ayant des troubles mentaux. Elle a une passion pour la préservation du désert et pour les cultures indigénes d’amérique. Elle a reçu un prix littéraire de "the Alliance for the Mentally Ill of New York State" et a été reconnue comme une des 25 personnes intéressantes de l’année 1995 par le San Diego Magazine. L’auteur de la série des anquêtes de Bo Bradley vit à San Diego ou elle travaille à son dernier livre sur Blue McCarron.
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